La nouvelle crise que traverse le Conseil français du culte musulman (CFCM) pourrait être fatale à la crédibilité déjà fragile de cette institution, imposée en 2003 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'intérieur.
En annonçant, samedi 3 mai, son intention de ne pas participer aux élections qui doivent renouveler les instances représentatives régionales et nationales des musulmans le 8 juin, Dalil Boubakeur, l'actuel président du CFCM, responsable de la Fédération nationale de la Grande Mosquée de Paris (GMP), engage un nouveau rapport de force avec les autres composantes de l'islam français.
Petit rappel: Le CFCM, créé en 2003, est l'instance représentative des musulmans de France. Son président est Dalil Boubakeur ; son vice-président est Fouad Allaoui, vice-président de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF). Il existe 25 Conseils régionaux du culte musulman (CRCM).
Le CFCM est censé régler les questions relatives à la construction de mosquées, à la formation des imams, à la création de
carrés musulmans dans les cimetières, à l'organisation des fêtes religieuses et de l'abattage rituel, à la nomination des aumôniers de prison et d'hôpitaux.
M. Boubakeur tente au passage d'impliquer les pouvoirs publics dans une querelle d'influence interne au monde musulman.
La GMP a choisi de dénoncer "les critères iniques" de représentativité qui risquent de "reléguer la Grande Mosquée de Paris à un rôle secondaire".
Le nombre de délégués-électeurs est calculé en fonction de la superficie des lieux de culte : 1 000 m2 donnent droit à dix délégués. Ce système, établi avec l'accord de toutes les parties lors de la création du CFCM, favorise, selon M. Boubakeur, "des lieux de culte récemment édifiés, en périphérie urbaine, qui ne reflètent en rien la sociologie de l'islam (de France)".
Ces nouvelles élections risquent surtout de montrer un dynamisme de "l'islam marocain" supérieur à celui des fidèles d'origine algérienne, qui se reconnaissaient traditionnellement dans la Grande mosquée de Paris.
Réputé incarner un "islam modéré", M. Boubakeur réclame, pour compenser ce déséquilibre, de conserver la présidence du CFCM pour un troisième mandat consécutif. Un arrangement de ce type avait été trouvé lors des deux premiers scrutins entre la GMP, ses partenaires et le ministère de l'intérieur. Les autres composantes de l'islam le contestent aujourd'hui et entendent présenter leur propre candidat à la présidence du CFCM, à l'instar de l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et du Rassemblement des musulmans de France (RMF). En dépit de sa décision d'abstention, M. Boubakeur souhaite que "les élections aient lieu". Pour sortir de cette impasse avant la date du scrutin, il en appelle "à toutes les autorités".
BILAN ÉTIQUE
Créé aux forceps par les pouvoirs publics, le CFCM a été cogéré depuis son origine par le ministère de l'intérieur sans parvenir à acquérir son autonomie.
Aujourd'hui, le ministère rappelle son "attachement au processus électoral", mais indique que le changement de critères pour l'élection relève du conseil d'administration du CFCM. Cet apparent désengagement n'empêchera pas la ministre de l'intérieur, Michèle Alliot-Marie, d'évoquer ce sujet lors de son séjour en Algérie des lundi 5 et mardi 6 mai.
Cette énième querelle ternit l'image déjà brouillée d'une institution au bilan étique. M. Boubakeur a lui-même dénoncé "la faillite de 80 % des CRCM (conseils régionaux du culte musulman)". Au-delà de son rôle symbolique d'interlocuteur auprès des pouvoirs publics, l'institution n'est pas parvenue à s'imposer comme une force de proposition légitime aux yeux des fidèles musulmans.
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