Lundi 3 décembre 2007

l'Essor n°16086 du - 2007-11-30 08:00:00
     
 
   
 
La rencontre organisée avec les leaders religieux a donné lieu à des débats ouverts et très instructifs

Le débat sur les mutilations génitales féminines est plus que jamais d’actualité et cristallise les passions. Les points de vue sont le plus souvent très tranchés. D’un côté, il y a ceux qui l’assimilent à une atteinte à l’intégrité physique de la personne humaine, une pratique néfaste à la santé et donc à bannir. De l’autre, on retrouve ses ardents défenseurs. Tous fondent leurs argumentations sur le fait qu’il s’agit d’une tradition séculaire conforme à nos coutumes et à la religion musulmane.
Pour illustrer ce clivage, nous irons jusqu’en France pour rappeler que la question avait défrayé la chronique judiciaire il y a quelques années avec l’affaire dite "Hawa Gréou", du nom de cette exciseuse malienne qui avait été jugée par la cour d’assises de Paris en 1999. Elle avait été condamnée à 8 ans de prison pour "violences volontaires ayant entraîné mutilation sur une jeune fille". Si cette condamnation avait été très favorablement accueillie dans le milieu des associations des droits des femmes, elle ne rencontra qu’incompréhension chez une bonne partie de nos compatriotes.
Pour contribuer à mettre fin au dialogue de sourds qui s’est installé et briser certains tabous, un consortium d’organisations non gouvernementales (ONG) constitué de Population Services international (PSI -Mali), l’Aide à l’Eglise Norvégienne (AEN), Plan–Mali, la GTZ et le DED, a décidé de soutenir l’Association malienne pour la paix et le salut. Ils se proposent, ensemble, d’offrir un cadre permettant de débattre de la question avec des leaders religieux. Un atelier sur les mutilations génitales féminines s’est ainsi déroulé, début novembre, à Ségou.
Les cérémonies d’ouverture et de clôture, présidées par Saïdou Tangara, conseiller aux affaires juridiques du Gouverneur de la région de Ségou, se sont déroulées en présence de nombreux leaders religieux venus de toutes les régions du pays. Chacun le constate aujourd'hui : si l’excision est profondément ancrée dans notre tradition, sa pratique est très décriée surtout pour ses conséquences néfastes sur la santé de la femme. Les gynécologues-obstétriciens l’attestent : elle peut être à l’origine d’hémorragie, de dystocies obstétricales, d’infections aiguës ou chroniques, de fistules vésico-vaginales, de lésions des organes de voisinage ou même de traumatisme du clitoris, entre autres conséquences.
Ceux qui sont aujourd’hui à la pointe du combat contre la pratique multiplient les initiatives et actions visant à amener à l’abandon de l'excision. Ce défi est loin d’être gagné d’avance. Surtout dans notre pays qui passe, avec 27 autres du continent, pour être un pays où la tradition est très fortement ancrée. Les statistiques parlent d’elles- mêmes. Selon les données du Programme national de lutte contre la pratique de l’excision (PNLE), 91% des femmes en âge de procréer dans notre pays , c'est-à-dire les 15 à 45 ans, ont été excisées.
S’il est établi que l’excision a des conséquences médicales particulièrement néfastes pour la femme, le point de vue de la religion musulmane face à la pratique est diversement interprétée. Certains érudits ont clairement dit que ni le saint Coran, ni les hadiths authentiques ne parlent de l’excision qui reste, selon eux, une simple pratique coutumière aux conséquences médicales avérées. Par conséquent, comme il est de mise en Islam d’abandonner une pratique même recommandée en cas de conséquences médicales avérées, tel que le cas du jeun pour les personnes malades, la pratique de l’excision, vu ses conséquences médicales, doit être abandonnée. D’autres théologiens soutiennent le contraire en assurant que des passages du Coran et certains hadiths y font clairement allusion.
Ces discussions contradictoires avaient été engagées sur la base des recommandations de la conférence internationales des érudits tenue en novembre 2006 en Égypte. La récente rencontre de Ségou visait donc à éclairer l’opinion nationale sur l’excision selon le Coran et les autres textes de l’islam. C’est ainsi qu’en dehors de la problématique "l’islam et l’excision", elle a débattu de thèmes comme l’islam et l’initiation, l’islam et le statut de la femme, l’islam et les pratiques traditionnelles.
Au cours des débats, Saïdou Traoré a rappelé que l’excision est une pratique ancienne. Les croyances qui la fondent sont, de son point de vue, obsolètes depuis des années. Pour parvenir à l’abandon total de l’excision, il faut, estime-t-il, répertorier les différents arguments et méthodes en menant des actions de sensibilisation ciblant les femmes et les leaders religieux. Mahamadou Diallo, le président de l’Association pour la paix et le salut, lui, s’est réjoui de voir l’atelier de Ségou débattre librement de la position de l’islam sur la pratique, en soulignant la nécessité de lutter ensemble contre toutes les formes d’intolérance basées sur la confession ou la foi.
Mme Keïta Joséphine Traoré, directrice du Programme national de lutte contre l’excision (PNLE), a rappelé la véritable dimension du combat contre l’excision qui est, selon elle, moins pratiquée aujourd’hui chez les filles de 0 à 15 ans. Tout en assimilant la pratique à une violation flagrante des droits humains, elle a identifié dans notre pays 16 pratiques néfastes à la santé parmi lesquelles l’excision est celle qui cause le plus de problèmes.
Dans les travaux en groupe, l’atelier n°3 a justement planché sur cette question. A ce niveau, les participants ont relevé un certain nombre de pratiques traditionnelles soit en vigueur, soit tombées en désuétude dans notre pays : le baptême, l’excision et la circoncision, le lévirat le sororat, le gavage des filles, la saignée. Parmi les pratiques néfastes, figurent les tabous nutritionnels, l’exclusion des enfants naturels, les mariages précoces, les scarifications, le tatouage et les "brûlures" de l’appareil génital de la femme stérile. En effet, dans certaines contrées du pays, les femmes stériles sont encore soumises à cette pratique humiliante fondée simplement sur la superstition qui veut que cela peut l’amener à procréer.
Les interventions de la plupart des leaders religieux ont fait ressortir que des pratiques traditionnelles sont acceptées par la religion tandis que d’autres constituent une atteinte aux droits de la femme. Il ressort aussi trois tendances quant à la pratique de l’excision : elle n’est pas une obligation absolue, c'est une sunna, donc facultative, elle est classée parmi les bonnes œuvres. A ce point, il faut noter que selon Cheick Saïd Mahamoud de la prestigieuse Université Al Azar d'Égypte, université ayant en charge la promotion et la défense de l’Islam, une bonne œuvre ayant des conséquences médicales est à proscrire. Cheick Saïd Mahamoud a donné plusieurs exemples à l'appui de sa thèse.
Répétons que la rencontre de Ségou a enregistré la participation de grands érudits comme Cheick Saïd Mahamoud de la prestigieuse université Al Azar d'Égypte, l’imam Bakoroba Bagayoko de la mosquée de la Rivera Palmeraie de Côte d’Ivoire et des oulémas venus d’Arabie Saoudite et de toutes les régions du pays.

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par joeblack
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