Les députés européens ont égréné lundi soir les nombreuses carences démocratiques de la Turquie dans un état des lieux évitant néanmoins de froisser le gouvernement turc, encouragé à poursuivre ses réformes et préparer une nouvelle constitution.
Ankara doit "placer la protection des droits de l’Homme et des libertés fondamentales au coeur de la constitution" en cours de révision, ont recommandé lundi soir des eurodéputés, membres d’une commission spécialisée dans les affaires étrangères.
Des amendements à leur texte de compromis condamnant par exemple les bombardements et incursions terrestres turcs dans le nord de l’Irak, ou évoquant le génocide arménien, ont été prudemment mis au rencart.
Concernant la demande de dissolution du parti au pouvoir du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan —l’AKP réélu lors des législatives de juillet 2007 avec 46,6% des voix mais actuellement accusé d’islamiser peu à peu le pays—, les parlementaires se sont dits "préoccupés".
Le procureur de la Cour de cassation turque a demandé en mars la dissolution de ce parti, dernier épisode d’une lutte acharnée entre les anciens islamistes et le camp laïc (justice, armée, administration universitaire).
Les eurodéputés ont demandé à la Cour de cassation de "respecter l’état de droit et les normes européennes" en matière d’interdiction des partis politiques.
Dans le même temps, les parlementaires européens ont souligné "la préoccupation d’une partie de la population quant à la levée de l’interdiction de port du foulard à l’université" en regrettant le manque de consultation de la société civile.
Les eurodéputés demandent prioritairement au gouvernement turc de réaliser "sans délai" la réforme promise de l’article 301 du code pénal turc, qui a mené à la condamnation de plusieurs intellectuels turcs. Cette disposition est depuis longtemps décriée par l’UE comme une entorse à la liberté d’expression.
"Aucun progrès n’a été réalisé quant à la liberté d’expression", pire encore le nombre de personnes poursuivies pour avoir exprimé des opinions non violentes a augmenté en 2007, notent les députés.
Ils réclament également de la Turquie "une solution durable de la question kurde", passant par exemple par l’apprentissage du kurde.
Les eurodéputés veulent un renforcement de la lutte "contre les actes de torture perpétrés en dehors et à l’intérieur des centres de détention et contre l’impunité des forces de l’ordre".
Ils soulignent en outre la nécessité "de supprimer les restrictions actuelles à la liberté d’association, au droit de grève et au droit de négociations collectives". Ils demandent à la Turquie d’éliminer entièrement "la violence domestique, les crimes d’honneur et les mariages forcés" qui "violent les libertés fondamentales".
Les parlementaires ont par ailleurs lancé une mise en garde au gouvernement turc qui demande à adhérer à l’Union européenne : "le non respect des engagements de la Turquie continuera à affecter gravement le processus de négociations", ont-ils conclu.