Onze personnes ont péri samedi dans des violences au Liban, alors que le Premier ministre Fouad Siniora devait
s'adresser à la nation pour la première fois depuis le coup de force du puissant Hezbollah chiite dans l'ouest de Beyrouth.
Au total, 29 personnes ont été tuées depuis le début mercredi des combats entre des partisans de la majorité parlementaire antisyrienne appuyée par l'Occident et l'opposition emmenée par le Hezbollah et soutenue par la Syrie et l'Iran.
A Beyrouth, six personnes ont été tuées et 20 blessées par des hommes armés qui ont ouvert le feu sur une foule participant aux funérailles d'un civil sunnite tué dans des combats dans l'ouest de la capitale, a déclaré à l'AFP une source hospitalière.
Dans le nord du Liban, dans la localité de Halba, cinq personnes, dont des civils, ont été tuées lors de violents combats armés entre des militants du Parti social nationaliste syrien (prosyrien) et des partisans du Courant du Futur, le parti sunnite de Saad Hariri, un pilier de la majorité.
Ce sont les partisans de M. Hariri qui ont été chassés la veille des quartiers de l'ouest de Beyrouth par les combattants du Hezbollah, seul mouvement à ne pas avoir désarmé après la guerre civile.
Dans sa première intervention publique depuis le début des combats et la mainmise du Hezbollah sur l'ouest de Beyrouth, M. Siniora doit s'adresser aux Libanais à 11h00 GMT depuis le grand sérail, siège du gouvernement, "pour exprimer sa position concernant les derniers développements", selon son bureau.
La vie avait timidement repris son cours le matin dans l'ouest de Beyrouth, où des combats de rue, les pires depuis la guerre civile (1975-1990), avaient opposé le Hezbollah et ceux d'un autre mouvement chiite Amal aux partisans de Saad Hariri.
Les commerces, dont les boulangeries et les marchands de légumes, ont rouvert leurs portes, et les habitants s'aventuraient dans la rue.
"C'est la première fois que je quitte ma maison depuis la nuit de jeudi", dit Samia, à Hamra. "Mais je crois que c'est un calme temporaire".
Un nombre très limité de combattants chiites étaient visibles dans l'ouest de Beyrouth.
"La présence des éléments armés a diminué de manière significative et il n'y a plus de danger pour les civils", selon un porte-parole de l'armée.
L'armée, traditionnellement chargée au Liban du maintien de l'ordre, était aussi fortement présente sur les principaux axes de la capitale. Mais les soldats avaient reçu l'ordre de ne pas intervenir dans les combats, de crainte d'une scission au sein de la seule institution encore solide et unie au Liban.
Les militaires se sont contentés notamment de protéger les institutions officielles, comme la Banque centrale ou le siège du gouvernement.
La route menant à l'aéroport international de Beyrouth, où aucun vol n'était prévu, est toujours bloquée par des pneus et des monticules de terre placées par le Hezbollah.
Les étrangers, entretemps, continuaient de quitter le pays par la route via la Syrie, alors que la Turquie et le Koweït évacuaient leurs ressortissants.
Face à l'escalade, une réunion ministérielle arabe d'urgence, à l'appel de l'Egypte et de l'Arabie saoudite, se tiendra dimanche au Caire, les gouvernements arabes sunnites craignant une plus grande influence de l'Iran chiite au Liban.
La majorité avait accusé le Hezbollah d'avoir mené un "coup d'Etat" orchestré avec l'aide de Damas et Téhéran.
Ce camp diverge avec l'opposition sur le partage du pouvoir, plongeant le Liban dans une crise qui a paralysé depuis 18 mois les institutions politiques et bloqué l'élection d'un président de la République.
Les Etats-Unis ont apporté leur soutien à Fouad Siniora et dit leur volonté de voir le Hezbollah "rendre des comptes", mais sans dire comment.
Les violences au Liban avaient éclaté quand une grève sur des revendications sociales avait été transformée par le Hezbollah en un mouvement de désobéissance civile qui a dégénéré en heurts.
Ces heurts se sont intensifiés après un discours du chef du Hezbollah Hassan Nasrallah qui a qualifié jeudi de "déclaration de guerre" des décisions du gouvernement liées au réseau de télécommunications du mouvement et sommé le cabinet de revenir sur ces décisions et d'accepter un dialogue national.
"Siniora reviendra-t-il sur ces décisions ou démissionnera-t-il et résoudra la crise"? a demandé le quotidien libanais de l'opposition Ad-Diyar.
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