Différents pasteurs, mêmes emmerdes. Après Obama et Jeremiah Wright, c’est John McCain qui se trouve sous le feu des médias. Jeudi, il a fini par rejeter le soutien de John Hagee et Rod Parsley, deux évangélistes aux prêches enflammés devenus trop embarrassants. «Il y a de bonnes raisons à la séparation de l’Eglise et de l’Etat (1), mais les candidats semblent les oublier», ironise le quotidien britannique The Independent.
Les nazis et le plan de dieu
Il y a d’abord le problème John Hagee, un télévangéliste dont McCain a activement recherché le soutien pour séduire les républicains ne le trouvant pas assez conservateur. Un peu à l’image de Pat Robertson, Hagee n’a pas son pareil pour se lancer dans des sermons expliquant que «Dieu a envoyé Katerina pour punir les homosexuels», ou encore appeler l’église catholique «la grande putain» («the great whore»).
Pendant un temps, McCain l’a joué façon Ronald Reagan, avec l’argument «c’est eux qui m’endorsent, pas l’inverse». Il a bien dit «désapprouver» de telles déclarations sur l’église catholique, mais aussi «admirer l’engagement» de Hagee pour la cause israélienne. Ironie de l’histoire, c’est précisément sur ce point que Hagee a dérapé.
Mercredi, le Huffington Post a publié l’enregistrement audio d’un sermon du pasteur datant des années 90. On l’entend notamment expliquer qu’Hilter et les nazis faisaient parti du plan de dieu pour ramener les juifs dans le royaume d’Israël.
«Inacceptable et inexcusable», a réagi McCain, avant de couper officiellement ses liens avec le pasteur, jurant qu’il n’avait pas connaissance de cette tirade lorsqu’il a accepté son soutien. Un conseiller aurait aussi pu faire ses devoirs et lui dire qu’en 2006, Hagee écrivait dans un livre que l’antisémitisme et l’holocauste était le résultat «des hébreux ayant pêché en vénérant des idoles».
«L’objectif de l’islam est de conquérir le monde par la violence»
McCain a donc fait d’une pierre deux coups, et s’est aussi séparé d’une autre brebis galeuse: Rod Parsley. Ce pasteur, McCain a invité sur scène, le présentant comme «un des grands leaders de l’Amérique, un guide spirituel, un compas moral».
En mars, le site Mother Jones avait pourtant publié une vidéo compilant les plus grands moments de Parsley, le poing levé. Extraits: «L’Islam est une religion antichrétienne dont l’objectif est de conquérir le monde par la violence» ou encore «Mahomet a reçu ses révélations d’esprits démoniaques».
L’atlantiste Andrew Sullivan ou encore le Huffington Post s’étonnaient début mai du «silence assourdissant» des médias sur Parsley, alors qu’ils se déchaînaient sur Obama et Wright. Mais jeudi, ABC lui a consacré un sujet, et effet boule de neige aidant, McCain a préféré se désengager. Après tout, ces deux soutiens lui étaient surtout utiles lors de la primaire.
Il est difficile d’évaluer à chaud l’impact de ces deux affaires. Mais si McCain était élu, un ancien de la CIA estime qu’il commencerait «avec un sérieux handicap auprès du monde arabe». Sans blague…
Philippe Berry, à San Diego