«Hé madame, qu'est-ce-qui se passe ? Pourquoi il y a tout ce monde ?» Il n'y a que le petit Mohamed, en classe de 5ème au collège Françoise Dolto, dans le XXe arrondissement de Paris pour ignorer l'objet de ce remue-ménage. Car la scène n'est pas habituelle, lundi matin lorsque la sonnerie retentit devant ce collège réputé difficile, d'où sont issus les lauréats de la Palme d'or à Cannes avec le film de Laurent Cantet «Entre les murs».
Une bonne trentaine de journalistes se presse autour des quelques élèves qui se rendent en classe. «Quelles sont vos impressions ?» «Est-ce-que vous connaissez ceux qui ont eu la Palme d'or ?» «Avez-vous eu de leurs nouvelles ?» «Savez-vous dans quel état ils sont ?» «Avez-vous participé au tournage du film ?» «Quel effet cela peut-il avoir sur l'image du collège ?»
Assaillis de questions, les collégiens se prêtent au jeu. «Ils avaient l'air bien contents à la télé hier, commente Dan, 14 ans, figurant dans le film. Mais il ne va pas falloir qu'ils se prennent trop au sérieux, on va vite les remettre à leur place !» Son copain Ian, 12 ans, renchérit : «Moi je pense qu'on leur a donné la Palme pour leur faire plaisir, parce que c'étaient des petits !»
Regroupées par grappes de copines, Rokhya, Tiguidanke et les autres ne cachent pas leur excitation : «J'ai fait BFM TV, RTL, Le Parisien, et toi ?» s'interrogent-elles alors que le surveillant tente, tant bien que mal, de les faire rentrer en cours. Princessa, 15 ans, déclare à qui veut l'entendre être «dégoûtée» : «J'aurais pu y être ! Je vais le regretter toute ma vie ! J'ai préféré partir en vacances plutôt que de participer au tournage…» explique-t-elle. «Respect, ils ont été jusqu'au bout, ils ont travaillé dur ; grâce à eux, notre collège aura peut-être moins une image de racailles !» estime Moussand, 15 ans.
C'est également l'avis d'Azzouz M'hamed, marchand de journaux depuis 18 ans en face de Françoise Dolto. «C'est très bien pour l'image du collège, qui connaît déjà une évolution positive depuis quelques années» explique-t-il non sans fierté. «J'ai vu des descentes de police ici, il y a quelques années, il était impossible de vendre dans ce quartier. Mais les choses ont bougé, les bobos débarquent et l'image est déjà meilleure».
Les apprentis comédiens sont attendus dans la journée à Paris. Ils ont quitté Cannes tard dans la soirée de
dimanche, après avoir reçu leur prestigieuse récompense et (déjà) répondu à nombre d'interviews. «On va les accueillir dans la simplicité, avec un grand sourire ! Nous sommes très contents pour
eux !» lance Jean-Claude Defaux, le principal du collège. Face à la notoriété subite des adolescents, il tient à rappeler qu'ils «passent leur brevet cette année, et qu'il va falloir les
laisser un peu tranquilles !»
Source: Le Figaro