Mercredi 8 juin 2005, il est midi. Dominique Germond rentre chez elle. Sa petite fille de 6 ans lui donne
la main. Elle était sortie acheter à manger pour son fils, Vincent. Quand elle arrive devant son immeuble, une foule bloque l’entrée. Un jeune homme est allongé sur le sol, un masque lui
recouvre le visage… Elle reconnaît ses chaussures.
C’est son fils, Vincent, 16 ans. Il est en train de mourir, une balle de carabine lui a transpercé le
thorax.
Le tireur, Hadj Benyklef, a également 16 ans. « Au départ c’était une histoire de 20 euros que mon
fils lui devait. Finalement ce n’était pas vrai. A l’heure d’aujourd’hui, je ne sais pas réellement pourquoi Vincent a été tué », nous raconte Dominique Germond, la voix tremblante.
Vincent ne voulait pas inquiéter sa maman, mais il était menacé depuis plus de six mois. C’est son meilleur ami qui l’a confié à Dominique. Deux jours avant le drame Vincent s’était battu avec
l’individu en question qui lui aurait dit : « J’aurai ta peau. »
Un jeu dangereux
Hadj Benyklef a pris soin de nettoyer l’arme. Elle a été retrouvée dans son appartement alors qu’il disait
l’avoir jetée dans le canal. Il soutient que c’était un accident, que le coup est parti tout seul. « Deux jours avant, il s’amusait avec un ami à tirer sur le bas des portes de la cave
pour voir comment l’arme fonctionnait, alors qu’on ne me dise pas qu’il ne savait pas s’en servir. S’il voulait simplement jouer, pourquoi a-t-il visé mon fils ? » s’interroge la
maman.
En avril 2006, le juge d’instruction prévient Mme Germond que la thèse de l’accident pourrait être
privilégiée. Dominique décide d’agir et arrive à retrouver un témoin oculaire, le meilleur ami de Vincent, qui va permettre de rouvrir l’enquête. « Il se cachait, il avait très peur. C’est
moi qui l’ai amené au commissariat. On avait oublié de l’interroger. »
Le règne de la peur
Finalement, le tueur sera jugé pour homicide volontaire devant la cour d’assises des mineurs de Tarbes,
le 11 février dernier. « Il y avait tellement de peur dans ce tribunal qu’on aurait dit que les mûrs vibraient. Tout le monde a été frappé d’amnésie en arrivant devant la barre. » Pour
Dominique, cela ne fait aucun doute, une pression a été exercée sur les témoins. « Il y avait une jeune fille qui tremblait comme si elle allait se faire tuer en sortant. Elle était
pétrifiée. Elle n’a pas soutenu ses déclarations. Deux ans, c’est long, elle avait oublié. » Dominique Germond a reçu des menaces sur Internet, signées « Canteauhardcore ». Le
message est clair : « Porte plainte et on crèvera toute ta famille. » Sa propre fille a reçu des menaces également : « Un des types de la bande a dit à ma fille qu’après
le verdict, elle rigolerait moins. »
Assassin et libre
Ayant effectué presque trois ans de détention provisoire, c’est finalement libre qu’Hadj Benyklef quittera
le tribunal. Il a été condamné à trois ans de prison dont un avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve d’un an. Le procureur de la République avait requis entre dix-sept et vingt ans de
prison. Les jurés n’en ont pas tenu compte. « Une fois, j’ai entendu des jurés se demander comment ils allaient sortir du tribunal, que leur vie était peut-être en
danger. »
Depuis trois ans, Mme Germond ne vit que pour rendre justice à son fils. « Je pleure tous les jours
quand ma petite est couchée. Je ne vis pas, je survis. »
Soutenue par le procureur de la République, elle a fait appel de la décision. « C’est la seule
personne en qui j’ai confiance et qui m’aide vraiment. » L’audience est prévue pour février 2009. Demain, les proches de Vincent se réunissent autour de sa tombe pour commémorer ce macabre
anniversaire.